Marée noire en Louisiane, écologie dénigrée en France : tout va très bien…
C’est un joli nom, « Deepwater Horizon ». Un nom de rêve dans un monde de brut. Grâce à Deepwater, et à ses consœurs, notre horizon pétrolier touche à l’infini : vaillantes plates-formes gentils « monstres des mers », elles forent pour nous de plus en plus profond – 10680 mètres, record mondial de Deepwater ! – et pompent jour après jour l’huile noir dont nous ne sommes jamais rassasiés. « Elles ne provoquent généralement pas de fuites. La technologie est très avancée », s’était félicité Barack Obama, le 2 avril, après avoir annoncé, dans l’indifférence quasi général, la reprise des forages en mer.
Deepwater, désormais bien nommée, est au fond de l’eau. Et on a une grosse fuite. Des centaines de milliers de litres, des millions, personne ne sait trop, s’échappent dans l’océan. Comme à chaque catastrophe, très vite, les télés font de nous des spécialistes : on a été fort en subprimes et produits dérivés, place à la « valve » et au « couvercle-entonnoir ». Au passage on apprend que le delta du Mississipi – lieu hospitalier de notre imaginaire – abrite 75% des oiseaux migrateurs du golf de Mexique et qu’il connait une sorte d’apocalypse. Mais les autorités américaines ont pris les choses en main. Et BP payera, c’est promis, deux ou trois milliards de dollars, ce qui est bien moins embêtant que les 20 milliards de capitalisation boursière envolés en quelques heures. « La réaction des marchés est exagérée », déclare la banque Goldman Sachs, qui sait de quoi elle parle puisque son président est un ancien président de BP. On indemnisera les pêcheurs de crevettes. On examinera le cas des hérons, de la tortue couane, des Lamantins, des Loutres et des Pélicans bruns. S’il en reste.
En mars, juste avant que Barack Obama n’annonce le reprise de forages (dans l’espoir de rallier des suffrages à son projet de loi sur le climat !), un étrange attelage français avait applaudi l’abandon par Nicolas Sarkozy de la contribution climat-énergie, dites « taxe carbone ». Impôt « socialement injuste » pour les socialistes ; truc pour empêcher de polluer en rond, s’énervait la droite dure ; « non sens » pour la FNSEA ou la fédération des transports routiers. Une secrétaire d’Etat à l’écologie (Juanno) « désespérée » et un vieux socialiste (Rocard) évoquant « un crime contre l’humanité » n’inspiraient que quelques sourires apitoyés. Aujourd’hui, on « détricote ». Chimistes, industriels du béton, agriculteurs intensifs, constructeurs de voitures, tous ont œuvré pour « détricoter » le Grenelle de l’environnement. Avec la complaisance de nombreux élus pour lesquels, selon Noël Mamère, « le tandem écologie-économie est un oxymore ». Il n’y a pourtant pas d’autre réponse à la crise. La seule isolation de l’habitat – 40 % de nos dépenses énergétiques – permettrait une hausse des revenus des ménages.
Mais non, forons, pompons, raffinons ! Et n’écoutons plus les climatologues (« détricotés » par Claude Allègre) qui nous demandent, pour éviter un réchauffement incontrôlable et des Katerina en chaine, de nous abstenir de puiser la totalité du carbone encore dans la croute terrestre. Parce que les climatologues, « ça commence à bien faire » !
Vincent REMY (Télérama)
Français



Courage, forons !
COURAGE COURAGE COURAGE FORONS FORONS FORONS !!!