LE PIT BULL, LE CROCODILE ET LA TORTUE.

LE PIT BULL, LE CROCODILE ET LA TORTUE :

Alors qu’on vient d’apprendre qu’un Canadien s’est fait attaquer par un croco à Tamarindo le 13 Mars 2015 http://www.surf-report.com/news/surfeur-attaque-crocodile-costa-rica-9676.html On se souvient qu’il y a peu Gipsy Titi avait bravé la menace pour sauver un… PIT BULL. Souvenons nous ! Retour à Tamarindo, Costa Rica…

by Terry Kingtown - 



 

Aéroport de Libéria, Costa Rica, la porte de l’avion s’ouvre sur la chaleur suffocante de l’Amérique centrale qui nous accueille comme de vieux amis.

A nous la Pura Vida ! La « Pura Vida », l’expression des « Ticos », les habitants du Costa Rica qui définissent ainsi leur rapport unique à la nature comme « la vie pure », pas d’interférence culturelle là-bas, c’est la nature qui t’envoûte, le moindre coucher de soleil vaut pour tous les Rubens de la terre.

C’était mon troisième périple dans le Guanacaste, cette région du Nord-Ouest du Costa Rica, à la frontière du Nicaragua côté océan pacifique -

Mes précédents surf-trips dans ce beau pays dataient de la fin des années 90, à l’époque je voyageais seul et je passais mes journées à surfer du matin jusqu’au soir, cette fois-ci plus de dix ans après je débarquais avec ma moitié, « Cool Girl », avec l’envie de lui faire découvrir cette région magnifique un peu comme on pourrait présenter un vieux copain à l’élue de son cœur …


J’étais par ailleurs très curieux de voir comment le pays s’était développé depuis mon dernier voyage. J’avais ainsi lu dans un guide que dans ce good old village de Tamarindo il y avait désormais quelques galeries commerciales climatisées ainsi que des constructions bétonnées qui défiguraient la magnifique canopée de la jungle costaricienne. J’avais du mal à m’imaginer la chose, pour moi le village de Tamarindo c’était le petit camping au bout de la plage, le café negra au petit matin, la traversée épique de l’estuaire pour rejoindre les pélicans de Playa Grande, les iguanes et les crabes multicolores de Playa Avellanas, et évidemment les sessions de surf sans fin au lever du soleil, le matin, le midi, l’après-midi et au coucher de soleil, un peu tout le temps en fait, avec pour seul équipement un short de surf et une bonne vieille planche …

C’est bien simple tu passes toutes tes journées dans l’eau à surfer des vagues parfaites dans ce pays !

 


 

Domingo –

 

Direction Tamarindo au petit matin, sur l’Interaméricana, la route qui traverse toute l’Amérique centrale, à l’époque lors de mon premier voyage je l’avais emprunté pour remonter vers le Nord, à la frontière du Nicaragua, histoire d’ aller surfer le célèbre spot de Witches Rock, Roca Bruja, « le rocher de la sorcière », un spot de surf incroyable avec des vagues ultra-rapides qui tubent à tous les coups dans un cadre magique, le parc national de Santa Rosa.  Il fallait slalomer entre les nids de poule, je revois encore cette longue route, les rapaces qui tournoyaient dans le ciel sur mon passage en pleine saison sèche dans une chaleur à crever sur place,

ça avait été toute une expédition pour aller là-bas, je m’en rappelle comme si c’était hier.

J’avais eu la chance de prendre en stop sur la route un local qui galérait avec sa planche de surf sous le bras, Jésus, un jeune mec très sympathique qui du coup m’avait accompagné jusqu’au spot : un trajet épique !

D’abord il faut trouver la bonne entrée au milieu de toutes ces pistes qui traversent la jungle, puis tu arrives dans une clairière pour garer ton véhicule, là tu t’engages dans la jungle au milieu des iguanes, des singes, et une bande de ratons-laveurs te fonce entre les pattes. D’après Jésus ils peuvent t’ouvrir n’importe quel type de sac, un vrai cauchemar pour les campeurs qui ne peuvent rien laisser trainer dans cette forêt, et puis soudain on se retrouve face à un lac marin à traverser.

C’est marée basse , tout va bien, on a de l’eau que jusqu’au mollet, Jésus sifflote mais je ne suis pas vraiment  rassuré, surtout quand on rejoint un passage dans lequel on ne voit plus du tout le fond …

Des lentilles vertes à la surface de l’eau à perte de vue, ouais ouais ouais, mais comment voir s’il y a des crocos dans ces conditions, ah oui je vous ai pas dit ce putain de lac est truffé de crocos, moi dans le guide j’avais lu qu’on pouvait passer les pieds à sec, t’es sûr que c’est le bon chemin Jésus ?

 


 

Bon heureusement on sort enfin du lac et nous nous retrouvons sur la plage, immense et déjà en surchauffe, il y a un vent off shore à retourner les tortues, il faut marcher un bon kilomètre le long de la plage sous un soleil de plomb pour se retrouver face au spot.

La marée est encore trop basse, le spot ne fonctionne qu’à mi-marée, il faut attendre un peu que la marée monte pour se mettre à l’eau, Jésus retrouve un de ses potes de Libéria, Felipe, nous sommes dans un sous-bois à l’abri du soleil, ils sortent du papier journal en rigolant et se roulent un énorme joint d’herbe, ils ne sont quand même pas aller chercher l’herbe dans les fourrés ? Evidemment ils me proposent de tirer là-dessus mais je refuse poliment, mon éducation catholique m’empêche toute compromission avec les paradis artificiels, et puis les vagues que je vois dérouler devant moi sont très très creuses, je me dis qu’il faut rester serein avant d’aller affronter ces monstres à la mi-marée, le meilleur moment pour aller surfer ce spot de légende.

 



 

Je brûle d’impatience, ça y est je suis à l’eau dans les vagues les plus creuses de l’année ! Des tubes, des cylindres, des tunnels, tout ce que tu veux, et ce matin-là surtout des gauches, faut que je me jette dans le take-off back-side, dos à la pente, c’est très casse-gueule, je fais plusieurs tentatives infructueuses pour me lancer dans le mur mais j’hésite …

Jésus et Felipe me rejoignent au peek, je constate que Jésus a un énorme tatouage de scorpion dans le dos, ils sont hilares et très excités, ils hurlent à chaque take-off et Jésus se prend d’énormes boites, il ne se pose pas de questions, goofy, il se cale direct dans le tube de la gauche mais a vraiment du mal à ressortir, c’est un massacre, l’avantage c’est qu’au bout de trois chutes spectaculaires il revient peu à peu à la réalité, nous continuons à surfer, j’arrive à partir sur des épaules qui ouvrent, on reste à l’eau pendant deux heures, le cadre est idyllique, perdus que nous sommes au milieu de cet espace protégé où la légende dit que des vagues parfaites déroulent tout au long de l’année.

 


 

A la suite de cette session mémorable le vent se lève encore plus fort et je me décide à rejoindre ma voiture tout seul comme un grand, je marche péniblement sur la plage, au milieu de ce qui pourrait ressembler à une tempête de sable, sur mon passage une tortue renversée sur le dos ! Comment c’est possible ?

Un groupe de promeneurs l’a remet dans le bon sens et l’accompagne jusqu’à l’Océan, j’arrive au bout de la plage et traverse la dune, face à moi le lac marin, je l’avais oublié celui-là ! Sauf que c’est désormais la marée haute et que partout où je regarde je ne vois que de l’eau, des lentilles vertes, de la végétation luxuriante, comment je vais faire pour m’en tirer ?

Je suis saisi d’une d’angoisse inexprimable, ça me rappelle, comparaison bizarre,  la sensation que j’avais eu quand enfant je m’étais perdu dans un supermarché…

Heureusement au bout de quelques minutes Jésus se pointe en rigolant et me dit qu’il va m’aider à traverser. Je ne suis pas rassuré du tout mais je le suis tel un prophète, cette fois-ci dans les passages les plus délicats on a de l’eau jusqu’au cou, je flippe grave et en même temps je me dis qu’il est sans aucun doute capable d’étrangler un crocodile à mains nues, comme tous les mecs tatoués jusqu’aux oreilles …

On est finalement sorti du marécage sans encombres et Jésus m’a aidé pour retrouver la voiture, je suis alors reparti vers de nouvelles aventures, merci encore Jésus …

 


 

Cette anecdote racontée sur le chemin de Tamarindo a un peu inquiété Cool Girl, dis-donc tu m’avais pas dit qu’il y avait des crocodiles dans tous les coins dans ce pays ? T’inquiètes pas mon petit chat c’était il y a plus de dix ans dans un parc national protégé, là où on va à Tamarindo crois-moi il y a plus de touristes que de crocos.

A peine arrivé dans cette petite station balnéaire sympathique je fonce louer une planche au Banana Surf Club, je choisis un modèle surftech  » Wayne Lynch », une 6.3 de belle facture, noir et orange, mais une fois à l’eau la planche s’avère trop courte, les vagues sont minus, le shortboard ne convient pas du tout, impossible de maintenir le moindre ride. Je fonce échanger ma planche, cette fois-ci  je prends un petit longboard, il est tout rouge, de la tête au pied, trois ailerons, il doit être en époxy je me dis un peu méfiant face à ces nouvelles technologies.

Je retourne à l’eau en courant, je me régale, les vagues ferment un peu mais il y a moyen de surfer jusqu’à la plage et je ne me fais prier pour partir sur tout ce qui bouge, en fait je suis seul à l’eau, en short depuis déjà plus de deux heures …

Plus on approche de la fin de la journée, plus les conditions deviennent cool, le vent se calme, la marée monte, les vagues se font plus régulières, je retrouve tranquillement mes marques. J’ai abandonné Cool Girl en bord de plage, au milieu des Ticos, des profs de surf, des californiens, des pit-bulls, il y a tout un mélange social et transgénérationnel sur cette plage, des jeunes, des vieux, des familles avec des babys, des touristes, des ouvriers, des « surf widows » …

Tout le monde vient checker le spot au moment du coucher de soleil.

 


 

J’essaye d’imaginer les couleurs dans le ciel quand la pluie commencera à tomber, il faut se dégoter un spot sauvage pour se faire les sunsets, j’ai hâte.

En attendant histoire de pas dépérir on fonce chez « Nogui », un bar de plage sans prétention qui sert un petit plat local que je vous recommande chaleureusement, c’est le ceviche de poissons, mariné au citron vert avec des petites tomates, du poivron, des petits piments, du persil, c’est juste divin ! Et en plus ils vous servent des petits gâteaux à la banane de compète !

 

Dans notre chambre après cette première petite journée de surf dans une eau délicieusement chaude et très salée, l’air est tout autant chargée de sel et d’humidité, nos serviettes ne sècheront sans doute jamais.

Dehors des trombes d’eau s’abattent sur la jungle.


 

 

Lunes -

 

Le lendemain soir à l’embouchure de la rivière, du monde et des jolies vagues, des belles gauches de un mètre, sur le spot ça bataille un peu, le « local heroe » du coin se pointe, il a un longboard rouge et blanc et ressemble à Diego Forlan, cheveux blond et nez aquilin. Il manie son engin avec une classe et une décontraction déconcertante, de la question ici d’assumer son statut de roi d’une station balnéaire …

Le soleil se couche sur le spot, pas de vent, tout est paisible, c’est magnifique, je prend une très belle gauche qui m’emmène jusque dans l’embouchure, chemin faisant je manque de passer sur un débutant qui remonte au peek, un autre local qui faisait le malin sans leash perd sa planche, je la prend sur mon pied pendant que je surfe la vague, j’attrape sa board et je lui ramène, une planche avec le logo de Bat man, le mec est tatoué de partout, il a l’air content, devant moi une fille en rouge rame nonchalamment vers le peek, je rêve ou elle m’a fait un clin d’œil ? C’est mon imagination débordante sans doute …

 


 

 

Martes -

 

Le lendemain matin à 5h30 l’Océan Pacifique, paisible, envoie de belles lignes de houle qui rentrent tranquillement dans la baie de Tamarindo. Pour moi tout seul j’ai envie de dire, quasi personne à l’eau, toujours un joli mètre, easy, c’est la droite qui marche, une droite rapide qui te ramène au bord à chaque ride, c’est la belle vie.

 


 

J’en profite pour partir sur quelques belles vagues pendant que le soleil se lève au-dessus de la jungle, à quelques mètres de moi un magnifique poisson saute au-dessus de l’eau, une dorade ? Un mahi-mahi comme on dit ici ? Nous n’en saurons rien, un petit banc de poissons file à la surface de l’eau. Je m’éloigne un peu de la plage et je vais marcher vers la rivière, je retrouve des coquillages familiers, les cônes torsadés de la Playa Grande, cette plage est un lieu unique au monde où viennent se reproduire les tortues Luth, des tortues qui peuvent peser jusque 400 kilos, je suis irrésistiblement attiré par cette plage, pour y accéder il faut traverser l’estuaire, des petits bateaux attendent les touristes pour traverser mais les surfers ne prennent pas le bateau, ils traversent la rivière en ramant sur leurs planches, sans se retourner pour ne pas penser aux crocodiles qui vivent dans le coin …

 

C’était comme çà il y a dix ans et ça le restera toujours, ce qui a changé aujourd’hui c’est que Tamarindo se développe en dépit du bon sens, une flopée de constructions anarchiques, des immeubles modernes dépassent la skyline de la jungle, on ne voit que ça depuis le line-up quand on surfe, des verrues en béton qui dénaturent complètement le site et avec çà évidemment tous les problèmes qui vont avec : surcharge du réseau électrique, défaut d’approvisionnement en eau, problèmes d’évacuation des eaux usées, … Les promoteurs immobiliers ont ruiné le charme du village de Tamarindo avec leurs délires d’en faire une annexe de la Californie du Sud, Tamarindo a perdu sa « Bandera Azul Ecologica », la qualité de l’eau s’est en effet très rapidement dégradée et il y a beaucoup de constructions qui font fuir les espèces sauvages …

« Save Tamarindo » sur facebook : http://www.facebook.com/group.php?gid=8751297573

 


 

Alors à qui la faute ? Comme touriste, avec mon bilan carbone explosif,  en venant passer des vacances ici je favorise ce développement effréné, alors comment faire ?

A minima j’envisage ma vie ici avec le strict nécessaire : une serviette, une planche de surf, une cabane, un fil de pêche, quelques fruits ?

 


 

 

Miercoles -

 

Journée à Playa Avellanas, un spot au sud de Tamarindo qui a su rester sauvage malgré la naissance d’hôtels et autres restos dissimulés dans l’arrière-pays, l’arrière-jungle quoi ! Longue ballade sur la plage encore déserte, bordée de mangroves, de palétuviers, magnifique à marée basse, perdu dans mes souvenirs, je retrouve à nouveau des coquillages familiers, dans l’estuario les crabes violets dignes de l’univers de « space invader », … c’est la belle vie. Un petit resto à l’entrée de la plage, les chaises sont en bois précieux, je reste debout ( hasta siempre) , méfiant, déforestation ?

De retour à Tamarindo, surf du soir, espoir, pendant le coucher de soleil à l’estuaire, le ciel nous refait son coup habituel, la cérémonie du jaune, de l’orange et du rouge qui nous irradie de sa perfection, et quand les vagues se font métalliques avec les premiers reflets de la nuit, c’est tout un monde de mercure liquide et argenté qui se déverse alors dans mon âme et dans mon corps, dilués au plus profond de l’univers au coeur de cette nuit glassy .

 


 

 

Jueves -

 

5h du matin : Petit surf quasi seul à l’eau avec un local qui m’annonce des grosses vagues pour bientôt, pas trop tôt je me dis et grisé par la nouvelle je pars sur une très belle gauche qui n’arrête pas de dérouler et m’emmène au fin fond de l’estuaire. Ne suis-je pas une fois de plus allé trop loin ? Je suis plus dans la rivière que dans l’estuaire. Je me méfie des légendaires crocodiles de l’estuario et je prends quelques droites pour revenir vers la plage. L’océan est glassy ce matin, pas de vent, pas d’écoles de surf en vue, il y a un bon mètre, je reste très longtemps à l’eau, dans une ambiance décontractée, pas trop de monde, surfer une belle droite, remonter au peek, surfer une nouvelle belle droite, remonter à nouveau au peek… Je croise  le roi du spot, le local qui ressemble à Diego Forlan, il me demande « good surf » ? Je lui réponds en souriant  » yes cool surf ! » et il me sourit.

La magie du surf c’est aussi ces petits moments à la con où on se sourit d’un air entendu entre surfers …. :-)

 

Dans la journée ballade avec Cool Girl à Playa Grande, c’est la fameuse plage qui est de l’autre côté de l’estuaire de Tamarindo, c’est un site protégé car les tortues « luth » , des mastodontes qui peuvent atteindre 400 kilos  font depuis des millénaires des allers-retours sur cette plage pour  donner naissance à des baby tortues luths.

Une minute pour traverser la rivière et tu changes de monde : adieu Tamarindo, adieu Sodome et Gomorre, tes immeubles surgis de nulle part, adieu folie de la ville, voilà le sanctuaire, où le surf y est  notoirement plus agité, la mer est belle, d’ un bleu « hossegorien », les planches et les maillots  multicolores sont de sortie, sur la petite dune derrière la plage on devine les mangroves, les caïmans, les toucans, les tapirs tapis dans les sous-bois ….

La plage est restée aussi belle que dans mes souvenirs, j’y retrouve mon coquillage préféré, un coquillage rond et plat au centre duquel dame nature a dessiné une sorte de fleur, j’adore ce coquillage, il y a dix ans j’en avais ramené quelques uns en France, maintenant que je suis devenu bien malgré moi un adulte je me contente de le photographier et je lui laisse vivre sa vie de coquillage sur les plages du Costa Rica, c’est pas la belle vie çà ? Coquillage au Costa Rica ?

Faudra que j’y réfléchisse pour ma réincarnation, même si mon animal préféré reste le pélican comme celui qui est en train de passer nous mon nez, majestueux, impeccablement placide, un animal qui vol, qui marche, qui semble surfer parfois tellement il frôle les vagues, qui nage sous l’eau et qui bouffe du poisson toute la journée, bon je m’égare faut pas me brancher sur les pélicans, ça me rend anormalement lyrique.

 


 

On aimerait bien voir des tortues sur cette longue plage, beaucoup de surfers à l’eau, mais pas une tortue, de qui se moque-t-on ? Arrivés tout au bout de la baie on se rend compte qu’il y a des villas dans le Parc National, en bord de mer, comment cela est-il possible ? Les tortues doivent se balader dans leur jardin, je ne comprends pas comment ce développement effréné peut venir s’immiscer au cœur même de ce qui devrait rester un sanctuaire. Les lois de l’argent, de la politique sans doute.

Le résultat c’est que dans les années 90 on estimait qu’environ 1000 tortus luths fréquentaient la plage, ce chiffre est tombé à 49 lors du dernier recensement en 2004 : 49…

Ainsi les habitudes millénaires de ces tortues sont en train de disparaître et les guides du parc en sont réduits à placer des œufs en couveuse pour les aider à éclore …

Le Costa Rica a pourtant longtemps été exemplaire, 80% du territoire national est protégé, il y a de nombreux Parcs Nationaux, pas d’armée, des jeunes et des vieux qui disent  » pura vida  » toute la journée. Comment peut-on faire construire des villas au coeur de ce site unique au monde ?

Je suis triste.

 


 

Sur le chemin du retour la marée a bien descendu et soudain on la voit au loin, à mi-chemin entre la dune et la mer, une tortue ! Je suis trop content, je me précipite, c’est un animal vraiment magnifique, je me rappelle de ce moment magique lors de mon premier voyage au Costa Rica quand en surfant à Playa Avellanas le spot de  » Pequino Hawai » j’avais vu dans la transparence d’une vague une tortue qui semblait jouer avec le courant , comme si elle voulait se caler dans le tube de la vague, j’avais vu subrepticement son ventre rayé et les membrures de ses nageoires, qui formaient des dessins, comme une peinture rupestre, et la vision de cet animal préhistorique jouant dans les vagues ne m’a depuis jamais quitté, climax d’une journée de surf incroyable où je m’étais régalé seul à l’eau pendant des heures. Sur la plage ne m’attendait que la serviette bariolée de mon enfance, une bouteille d’eau et  » Cent ans de solitude » de Garcia Marquez , à l’époque je surfais tous les jours du matin jusque au soir, alternant sieste sur la plage, surf, lecture, sieste, surf, un seul but alors, essayer de prendre des tubes en me jetant sous la lèvre de la vague.

Aujourd’hui je surfe le matin et le soir et entre ces sessions je me ballade main dans la main avec Cool Girl…

 


 

Mais je m’éloigne, revenons à notre tortue, échouée sur la plage, nous qui rêvions de voir une tortue, fou de joie en la devinant au loin, on se rapproche, c’est l’heure de la sieste je me dis dans un premier temps, intrigué tout de même qu’une tortue se fasse un petit somme en plein après-midi, sous ce soleil de plomb, elle dort quand même drôlement profondément, et puis soudain je comprends la triste réalité : she is fucking dead !

 


 

Normalement les tortues débarquent pendant la nuit sur la plage, elles rejoignent la dune pour pondre dans les fourrés, c’est là qu’elles enterrent leurs œufs et elles repartent vite fait bien fait dans l’océan parce qu’elles n’ont pas que ça à faire. Malheureusement parfois elles peuvent être désorientées par les dérèglements climatiques ou les lumières de la « ville », la nuit, des fameux immeubles de Tamarindo où des maisons de Playa Grande qui n’ont rien à faire là, les flash des touristes aussi parfois même si c’est interdit, et nos tortues sont toutes déstabilisées, elles peuvent se perdre où être suffisamment jet-lagués pour descendre de la dune en plein après-midi et là c’est le drame parce qu’à midi sur la plage à marée basse il fait aussi chaud que dans le désert de Gobie et la tortue meurt d’épuisement en essayant de rejoindre la mer.

Normalement les locaux aident les tortues à redescendre mais s’il n’y a personne …

C’est ce qui s’est passé aujourd’hui, ce que nous confirme un allemand en short et en vélo qui vit dans le coin, il décrète qu’il n’y a plus rien à faire pour elle …

Notre tortue est morte d’avoir voulu donner la vie, on se sent impuissant à côté du corps inanimé de cette merveille, les gens du parc national vont venir la chercher.

On retraverse la rivière un peu perdus, pas de surf ce soir là.

Fucking triste.


 

 

Viernes -

 

Le lendemain matin à 5 h je suis seul à l’eau. C’est brouillon et costaud dans l’estuaire, je pars sur des grosses droites qui ferment assez vite. Sur la plage des californiens promènent leurs chiens en faisant du footing. Je les vois bien parler yoga, bio, community.

Pourquoi je suis seul à l’eau ?

A une cinquantaine de mètres de moi un gros truc sort de temps à autres la tête de l’eau, je n’arrive pas à voir ce que c’est : tortue, crocodile, dauphin, requin ?

Je ne vois rien, dans le doute et en pleine paranoïa je sors de l’eau. Je traine un peu sur la plage, rêveur, je me fais bouffer par les puces de sable, la journée commence mal.

Ballade dans Tamarindo, il pleut des cordes, c’est la saison « verte » comme ils disent aux touristes pour éviter de leur dire plus cruellement « la saison des pluies ».

Normalement au mois d’Aout c’est le « little summer », une parenthèse enchantée au milieu des trombes d’eau mais pas cette année : végétation luxuriante, pâturage verdoyants, iguanes, lézards verts fluo, papillons bleus et jaunes, colibris, pélicans, rapaces, grenouilles et crabes multicolores sont copieusement arrosés par des trombes d’eau …


 

 

Sabado, Domingo -

 

Je ne sais plus trop où j’en étais de mes sessions de surf au Costa rica, une chose était sûre, ça se passait à Tamarindo, le village des « gringos », quelquefois aussi à Playa Avellanas, Playa Negra et Playa Junquillal.


 


 

Parfois l’inspiration pouvait s’avérer tout aussi fragile que le surf.

De temps en temps les vagues s’offraient, évidentes. Il avait fait beau pendant plusieurs jours et l’Océan avait repris ses atours d’un bleu profond, les vagues se succédaient, elles s’ouvraient comme un rideau en gauche ou en droite suivant l’humeur du moment.

 


 

Et puis des orages énormes s’abattirent à nouveau sur nous pauvres pêcheurs, la pluie ne cessait de dégouliner sur les tôles ondulées du Guanacaste, quelques grandes marées, l’équinoxe peut-être qui sait ?

Les vagues se chargeaient de sable, l’eau marron se déversait sur nos épaules, initiant des trajectoires improbables, des planches se cassaient, des détritus plastiques faisaient leur apparition au milieu des coquillages, la guerre du plastique contre les coquillages continuait inexorablement. Qui l’emporterait ?

La chaleur humide et salée de la saison des pluies faisait régner sa loi sur la Playa Avellanas.

Quelques coquillages suspendus à des fils de pêches ornaient une cabane de fortune qu’une famille de touristes avait patiemment érigé jour après jour, un blondinet trapu comme un crabe, brulé par le soleil et tatoué comme un guerrier aztèque, sa compagne, décolorée par la puissance des éléments, et leurs enfants qui ne quittaient pas leurs planches de surf.

 


 

Des vagues marrons déroulaient très approximativement et il fallait du courage ou être en manque pour aller défier « pequino Hawai » à 1 mètre cinquante bien creux, du solide, du costaud, de la barrique on vous dit !

 


 

 

Lunes -

 

L’avantage de louer une planche dans un village de touristes c’est qu’on peut en changer sans arrêt, je retrouve les joies du shortboard avec une planche Surftech Al Merick 6.6 bleu ciel, quand je pense que je n’avais jamais surfé une surftech, c’est vraiment tout léger et ça me repose les bras après une semaine de longboard bien lourd !

Direction le « Beach Club », jus de papaye, OK Cool Girl tout va bien, je file à l’estuaire, short jaune poussin, planche bleu ciel, je maitrise le canard tout en décontraction genre il ne peut rien m’arriver, une première belle série décale un petit peu avant que j’arrive au peek, marée basse, je me prends toute la série sur le dos dans un mètre d’eau, en fait c’est plus gros que prévu, ça ferme sur tout l’estuaire… Rien qu’un mauvais moment à passer tout va bien, je suis au peek, il pleut un peu, c’est chaud, les meufs qui surfent sont stringuées comme jamais, l’Amérique centrale …

Les vagues ferment pour la plupart mais il y a de la taille et c’est cool de partir au take-off avec la 6.6, histoire de retrouver les sensations et le feeling de la shortboard.

Je reste l’après-midi jusqu’au coucher de soleil à dériver, au gré de mes envies, le plaisir de surfer en short, le plaisir des couleurs dans le ciel au moment du coucher de soleil, que du bonheur. Je vois Cool Girl sur la plage qui me mitraille, bon y faut que j’assure je pars late take-off sur une vague plus grosse que les autres et qui en plus ferme, je suis même obligé bien involontairement de taxer un gars sur une  « vraie » droite qui malgré tout ferme très vite, je présente mes excuses auprès du mec, tout va bien, tout le monde est cool, je ne recommencerai pas, ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse comme disait ma grand-mère celle qui faisait du vélo.

Sur la plage toujours beaucoup de surfers, des jeunes, des vieux, des filles, des mecs, des baby… c’est la cool life !

 


 

 

Martes -

 

Escapade romantique n°1 à Rincon de la Vieja, bains de boue, sources d’eau chaude, eau fraîche, ballades à cheval dans la montagne, des milliers de papillons, ballades en forêt, spider monkeys, figuiers étrangleurs, toucans, le célèbre papillon bleu électrique et noir nous souhaitent la bienvenue un peu comme dans un film de Walt Disney mais c’est pas celui de la photo, il est trop dur à photographier. Sorry for this fox !

 


 

 

Miercoles -

 

Visite guidée dans le parc national de Las Baulas, je savais que les crocodiles de l’estuaire n’avaient jamais attaqués d’humains depuis de nombreuses années, il y a très exactement 70 caïmans qui se baladent dans le coin, tranquilles, pas énervés. Ils mangent pas mal de trucs, batraciens, oiseaux, singes, suis-je en danger quand je traverse la rivière avec ma planche de surf ? Non mais malgré tout faut pas trainer …

 


 

On pénètre en barque dans la mangrove, c’est la saison des amours, il y a des bébés crabes et des bébés crocodiles dans tous les coins, des baby singes hurleurs dans les frondaisons, nous apprenons que la mangrove est en fait une gigantesque maternité, c’est bien simple tout le monde vient dans le coin pour se reproduire, en bord de plage les tortues Luth, et ici crocodiles, batraciens, birds, crabes multicolores …

Alors d’un point de vue plus technique il faut comprendre que les racines des mangroves filtrent l’eau de mer, le sel sort par les feuilles, et c’est de l’eau douce qui se déverse dans la forêt, magique nature, ingéniosité de la création, je suis ravi d’apprendre tout çà, protégeons les mangroves ! Save life !

C’est trop vous demander ? Save and protect life putain !

 


 

 

Jueves -

 

Face à l’hôtel Diria à Tamarindo, il y a un rocher qui coupe la houle en deux, ça donne une droite et une gauche qui fonctionnent différemment suivant la marée.

Je choisis d’aller défier la droite pendant le coucher de soleil. Pas de vent, mer glassy, lac, miroir, la houle rentre régulièrement, peut-être un mètre trente sur les vagues les plus grosses de la série. C’est parfait et puissant, le take-off part tout seul, catapulté dans une section de la vague qui pourrait tuber mais ce soir ça tube pas, too bad !

On est trois au peek dont un débutant, autant dire que c’est de la régalade, on prend tous une vague par série, l’eau est si chaude je me croirais dans un bain, le coucher de soleil éclatant, magique avec les bruits de la jungle qui commence à s’élever du fin fond de l’estuaire accompagnant le crépuscule, les ombres des arbres, la mangrove, toute cette bande verte très épaisse qui vient compléter cette petite touche au fin fond de la plage, c’est magnifique, on est dans le green !

Saison des pluies, saison des amours, des naissances, végétation luxuriante, inextricable, je revois les bébés caïmans et les baby crabes dans la matrice nourricière de la mangrove, le cœur de la vie …

 


 

 

Viernes -

Escapade romantique n°2 : Nicaragua

 

Après avoir passé la frontière du Nicaragua, des éoliennes sur des kilomètres et des kilomètres, énergie renouvelable super ! C’est très moche aussi, on s’en sortira jamais.

Face à un lac au Nicaragua, un sentiment de plénitude nous envahit, le reflet des nuages sur cette étendue bleutée, le calme infini, les écoliers qui visitent l’endroit, ma parole on m’avait bien dit que Dieu existe !

 


 

Au retour à la frontière, des jeunes mecs d’Oxford traversent le continent américain de part en part avec un bolide fonctionnant uniquement avec des énergies renouvelables (www.racinggreenendurance.com), à leurs côté pieds nus des gamins tendent le bras pour récupérer quelques piécettes.


 

 

Sabado, ultima dia -

 

C’est mon dernier jour de surf au Costa Rica, il est 6 heures du mat je marche le long de la plage de Tamarindo pour rejoindre la Playa Grande, la fameuse plage des tortues, j’ai à nouveau changé de planche, une « Weber » 6’8 , quand j’étais ado j’ai toujours rêvé d’avoir une belle board comme çà, j’adorais son logo, le W un peu stylisé, la pureté des lignes, la solidité du pain de mousse, je suis en transe et je me sens invincible en marchant le long de l’estuaire, prêt à traverser la rivière le leash entre les dents.

Je poursuis mon chemin, il y a une bonne marche pour arriver à la rivière et soudain je ressens un gros choc dans les mollets.

 

Un énorme Pit-bull avec un gros collier vert s’est pris les pattes dans mon leash, je dois dire que je flippe un bon coup n’étant pas familier de ce genre d’animal mais il s’avère en fait plutôt sympa et j’ai l’impression qu’il veut jouer avec moi plutôt que de me croquer les mollets, bon tant mieux parce qu’il n’ y a personne sur la plage et j’ai pas vraiment l’intention de me faire bouffer tout cru le dernier jour, déjà que je dois traverser cette fichue rivière à crocodiles pour aller surfer à Playa Grande .


A chaque fois que je la traverse je ne peux pas m’empêcher de penser aux 70 caïmans qui vivent dans l’estuaire, certes quand tu fais la ballade dans la mangrove avec les guides on t’explique qu’ils sont trop petits pour attaquer les humains et c’est pourquoi il n’ y a jamais eu d’attaques répertoriées dans l’estuaire, mais quoiqu’il arrive quand je rame au milieu de la rivière j’ai plutôt tendance à ne pas laisser trainer mes doigts de pieds dans l’eau et à battre des records de vitesse de rame…

Perdu dans ces sombres pensées je me jette à l’eau non sans avoir examiné attentivement les berges opposées, rien qui ressemble à un croco ?

 


 

C’est parti je commence la « périlleuse » traversée, je rame le plus vite possible mais j’ai l’impression que c’est plus long que d’habitude, je comprends rapidement que je me suis mis à l’eau plus au niveau de l’estuaire que de la rivière et du coup je suis pris dans le courant qui t’amène au large, je dois donc ramer assez fort pour atteindre la rive opposée et j’arrive de l’autre côté de la rivière complètement essoufflé. Le courant est aussi fort qu’une baïne et je me dis que sans la planche je n’y serais pas arrivé.

Je souffle un bon coup. Pas un chat à Playa Grande, je me retourne pour checker l’estuaire et là qu’est-ce que je vois en plein milieu de l’estuaire le gros Pit-bull au collier vert en plein milieu du courant… J’étais tellement concentré sur ma traversée et mon angoisse du crocodile aux dents longues que je n’ai pas vu que le Pit-bull m’a suivi et a dû se jeter à l’eau au même endroit que moi. Sauf que lui a pas de planche et a bien dérivé avec le courant, il est en plein milieu de l’estuaire ce con !

Il  essaye de nager à contre-courant avec ses pattes puissantes,  je me rend compte qu’il s’éloigne de plus en plus et sans aucun doute il va finir au large derrière l’estuaire, sauf qu’avant il va s’épuiser à vouloir nager à contre-courant et qu’une fois arrivé dans les vagues tout ça va mal finir pour lui car il n’ y a personne pour aller l’aider, à part moi …

Il a pas de maître ce putain de chien ? C’est quoi ces Pit-bulls indépendants qui se baladent sans leur maître ? J’hésite, je regarde autour de moi, je pense à ces fichus crocodiles qui ont dû sortir des nappes à carreaux et doivent être en train d’aiguiser fourchette et couteaux, hum ça fait longtemps qu’on pas mangé du chien, et un surfer ?

Je me jette à l’eau avec ma planche au cas où je n’aurai plus pied, le courant m’amène très rapidement à hauteur du chien, dans ma tête je me dis  » le gentil chien chien à sa mémère », tu parles j’ai jamais vu un mastodonte pareil, j’ai pas vraiment l’habitude des Pit-bulls, il a l’air ravi de me voir venir à la rescousse, non me sourit pas c’est pas la peine, il a une de ces mâchoires !

J’empoigne fermement le gros collier vert de la main gauche, de la main droite je tiens ma planche, heureusement j’ai pied, je me voyais déjà devoir attacher le collier au leash et devoir ramer comme un malade, on a encore une centaine de mètres à faire pour rejoindre le bord et je galère pour marcher à contre-courant. Ce chien a une puissance de pattes impressionnante pour nager mais à contre-courant c’est comme s’il pédalait dans le vide, je me fais des films de ouf, je me dis si jamais un croco se pointe est-ce que le Pit-bull pourra me défendre ? ça doit être toi le roi de la baston à Tamarindo ? il a une mâchoire de cinglé.  Je sifflote l’air de rien pour nous donner du courage au chien et à moi, quand soudain surgit de nulle part un putain d’énorme crocodile !!!!!

 


 

Nan je déconne tout s’est bien passé, mon Pit-Bull et moi on a pas vu un seul de ces satanés caïmans et on est enfin arrivé sur la plage .

Ce chien magnifique et puissant m’a fait une fête de première catégorie, on s’est fait un énorme câlin, c’était trop cool de faire un hug à un Pit-bull à six heures du matin sur une plage déserte, une sacrée expérience guys !

Sur Playa Grande évidemment le chien me suit jusqu’au spot de surf et cherche à se mettre à l’eau juste derrière moi, cette fois-ci je le vois venir et je lui demande dans un espagnol approximatif de rester sur la plage, faut savoir apprendre de tes erreurs mon pote !

Je pars surfer, le chien est assis sagement sur la plage et semble m’attendre, hum comment je vais faire pour te ramener dans mes bagages ?

Au bout de quelques minutes je le vois courser quelques aigrelettes et repartir vers de nouvelles aventures…

 


 

J’adore cette plage de Playa Grande, tu marches un peu sur la vase en sortant de la rivière puis progressivement le sable sous tes pieds se durcit et tu te retrouves sur la plage à marée basse avec des milliers de coquillages, des « cônes torsadés », je ne sais pas comment les appeler, et surtout les fameux coquillages rond et plats avec le motif floral en son centre, on en trouve souvent au bord de l’Océan pacifique , je ne connais pas son nom à celui-là non plus mais pour moi c’est le top, un peu mon graal, mon orchidée mystérieuse et sauvage pour laquelle je pourrais parcourir des milliers de kilomètres …

 


 

Bon c’est pas tout ça mais au surf, ça pète gentiment ce matin, un gros mètre, parfois un mètre vingt. Il y a du vent mais la vague est correcte, je déroule, heureux d’être là sous le soleil de l’Amérique Centrale sur cette plage encore assez sauvage même si évidemment les promoteurs sont aux aguets.

C’est avant tout la plage de la tortue Luth («Las Baulas») et j’ai une pensée émue pour la tortue retrouvée morte sur la plage quelques jours plus tôt.

Peut-être qu’elle a eu le temps de pondre et que ses baby tortues ont pu rejoindre l’Océan ? Je me raccroche à cet espoir.

 

Je surfe là pendant deux heures, j’aime bien cet endroit ça me rappelle trop les beach breaks d’Hossegor au mois d’Aout, chaleur de l’eau, couleur de l’Océan, mais avec moins de monde, surtout pendant la « green season » …

La marée désormais bien basse, je rentre à Tamarindo.

 


 

Le soir venu pour ma dernière sunset session du séjour je change à nouveau de board, je récupère un longboard incroyablement beau, un 9.6 de Donald Takayama

d’un bleu profond à tomber, je file à l’eau fier comme un paon, la droite et la gauche devant l’hotel Diria fonctionnent à fond, c’est plein haut, c’est samedi et tous les locaux du coin sont de sortie, ça bataille pour prendre des vagues dans une joyeuse pagaille très reggae . C’est les caraïbes ici ou quoi les gars ? J’aime cette effervescence sur un spot, ceux qui bataillent, ceux qui assurent, les jeunes insouciants et les vieux sages …

En tant que représentant international de la dernière catégorie je vais surfer un peu plus loin une petite droite qui déroule correctement pas loin du Beach Club où m’attend ma dulcinée, un  » sex on the beach » dans chaque main, et ouais c’est déjà l’happy hour …

 


 

Pendant ce temps là le soleil se couche magistralement et le ciel nous délivre les couleurs incroyables auxquelles nous sommes aujourd’hui tellement habituées, des peintures de Monet comme dirait Jim, le libraire, parti de San Francisco avec ses bouquins sous le bras depuis sept ans maintenant, lui qui rêvait tant de s’installer à Tamarindo, un jour il l’a fait  en se disant : « stop talking and just do it « .

 

A ce propos avec Cool Girl on attend notre premier enfant, ça vous donne une idée de ce qu’on peut faire entre deux sessions de surf dans ce merveilleux bon vieux village de Tamarindo.

 

Terry Kingtown – january 2011 -

 


Be Sociable, Share!

13 commentaires

  • Camille

    Nice, mon pot’ tu me fais rêver!
    C’est super, c’est drôle, sensible et un vrai récit d’aventure..suis toute émue!(j ai encore pleuré sur l’histoire du baby à la fin, décidemment je m en remets pas)
    J’ai adoré l’histoire du Pit-Bull que t’as sauvé, t es un héros mec.
    Mais, dites-donc, crocodile dundee , qu’est-ce qui s’est vraiment passé entre toi et ce « Jésus »?

    Je te fais un check et un hug, héros des temps modernes, trop fière de toi.

    Camille, crazy girl

  • Simon

    Ca y est je suis revenu en France après avoir passé quelques temps au Costa Rica. Sur ma chaise, la vague m’a charrié, pas de rouleau, pas de cassure, pas de rocher, un océan serein mais décidé. Ce récit m’a emmené avec lui et déposé sur la plage. J’y étais, ces moments, je les ai vécus. Du moins je le jurerais. Un vrai beau conte de voyage. Bravo Terry.

  • Terry

    Merci ça me touche !

    Crazy girl : « Jésus » m’a tout simplement sauvé la vie car sans son aide je serai encore en train de sécher sur la plage pour retrouver mon chemin …
    Et je te fais un énorme hug !

    Simon : Content de voir que tu as voyagé en lisant cette chronique, je te salue bien chaleureusement !

  • Arnaud

    Faudrait que Terry Kingtown fasse une BD de surf :)

    Et oui la tortue lutte !! 49 tortues et 3000 tigres… qu’est-ce qu’on est en train de faire ???
    Alors comme ça Cool girl est mieux qu’un bouquin, bizarre :)
    J’aime beaucoup le panneau de traversée de singe !
    et les humains alors, ils se reproduisent dans la mangrove ?

    Bienvenue à little gypsy.

    Au plaisir.

    Arnaud

  • Farid

    Dear Terry

    Une vraie tranche de vie ! bravo !!! je ne connais rien au surf mais j’avoue que j’ai un peu rêvé de prendre ta place dans les rouleaux et de partager avec Jesus et les autres la  » respect attitude  » qui règne manifestement dans ce milieu.

    Finalement tu ne serais pas un mélange de Nicolas HULOT et de Jack BAUER ?

    Quoiqu’il en soit, le Dog Syndicate t’es extrêmement reconnaissant d’avoir sauvé la vie de ce pit bull et partage avec toi la douleur liée à la perte de cette pauvre tortue.

    Quant au baby en chemin…..welcome Princess, je t’expliquerai un jour à quoi servent les racines des Mangroves.

    Peace on earth !

    Farid

    Ps : pour joindre le Président Ben Ali, composez le 0800 456 237, choix 2 puis choix 5, le coût de la communication n’est pas comprise dans votre forfait.

  • Fabienne

    Eh bien, je suis partie très très loin grâce à ce récit… mon coeur s’est gonflé de tendresse quand tu as secouru ce pauvre Pit-Bull! ça fait vachement plaisir de voir que certaines personnes peuvent dépasser le préjugé du chien dit méchant pour aller le sauver des eaux! Tu l’as baptisé Moïse j’espère? ;-)

    Continue comme ça en tout cas!

    Bisou

    Fa

  • Terry

    Merci pour vos message !

    Arnaud un moment je me suis dit « et si c’était moi ?  » :-)- Pour la reproduction des humains, l’endroit est encore tenu secret pour des raisons évidentes de sécurité …

    Farid, pour le mélange ce serait plutôt  » la septième compagnie au clair de lune » featuring « Dora l’exploratrice », par contre je prend tout de suite ma carte au Dog Syndicate, Peace my friend !

    Fabienne, un moment donné je l’ai baptisé « gros relou » mais  » Moise » c’est effectivement plus sympa.

    Bises Fox !!!

  • Gibus

    J’ai adoré l’article, je n’y connais rien en surf mais je trouve que ce que vous faites c’est beau !Parlementia !!!!

  • Lirva

    Bonjour, tombée par hasard sur ce site, je ne connais rien au surf, mais je suis restée scotchée par ce beau récit. C’est bien écrit et l’histoire était belle. J’ai lu tout l’article et j’ai été très émue par la fin. Merci pour ce petit moment d’émotion.
    Beaucoup de bonheur à vous 3.

  • Uhaîna

    Je fais du surf et je trouve ce pti’ récit just splendide!
    surf spirit
    (émue par l’histoire du pit-bull )
    rides the wave ! :)

  • Terry

    Merci beaucoup Uhaina !!! Ton prénom me rappelle les légendaires « nuits de la glisse » au grand Rex et ses fameux « Tahitian Dreams » avec Thierry Domenech et le grand Arsène Aréhohé, tube rider légendaire de Tahiti.Toute une époque que je vais bientôt essayer de raconter …
    Bon surf !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

WP-SpamFree by Pole Position Marketing