Escapades solitaires : Les temps changent

ESCAPADES SOLITAIRES : Les temps changent …

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Je rêvasse dans mon van, «  Tomate », garé comme souvent à côté d’un spot sur un parking du sud des Landes. Dans ces moments de solitude entre deux sessions de surf, je me demande ce qu’il se passerait s’il n’y avait plus aucune civilisation, juste des vagues sans fin et moi tranquille juste à côté prêt à sortir la planche sous le bras …

Il resterait peut-être l’écriture, pour se souvenir : une bougie à la résine de pin sur une table en formica, du papier peint rouge passé, des bouts de meuble en imitation acajou, des vieilles banquettes fleuries. L’odeur de tout ça embaume la pièce unique de Tomate, il fait doux vivre dans mon van, quelques lumières, la bougie, l’encens, la magie du cahier et de l’encre noire sur le papier.

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C’est reparti pour un tour, perdu dans mes pensées.

Quelle destination choisir pour le prochain surf-trip ?

Les vagues parfaites de Bali ? une mer émeraude ?

Le Sud Costa-Rica et sa nature Sauvage ? Pavones et sa longue gauche ? Un hamac dans la jungle ?

15 jours, trois semaines, trois mois ?

Back to Marocco ? La Source, Anchor Point, Killer Point ?

Rester là-bas des mois avec Tomate, se laisser pousser la barbe, vivre en Djellaba, siroter le thé à la menthe face au spot et  presser des oranges à longueur de journée au milieu de toutes ces droites parfaites ?

Faire des prières pour le surf.

Changer de métier : Instituteur ?

Vendeur de jus de fruit ?

Du yoga ?

Tranquille, avec une bouteille d’eau et de la poésie.

Réfléchir à tout ça …

Dans la forêt, les siestes sans fin …

Qui sommes nous pour nous entasser dans les villes ?

Déjà que le bord de route ne s’arrête jamais.

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Messanges (Landes), le soleil a tout écrasé, pas de vent, plus rien ne bouge sous le ciel, comment dire, bleu.

Le soleil.

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On se croirait dans la garrigue avec toutes ces cigales, pas du tout en bord de mer, mais l’Océan est bien là, une mer d’huile où l’on peut chercher les auréoles, et une drôle de journée placée sous le signe du pétrole. J’ai commencé par confondre le réservoir d’essence avec celui de l’eau au moment où j’ai fait le plein. Pas assez réveillé sans doute. Puis une fuite de substitut de plomb dans la boite à gant. Et enfin du mazout pendant la session de surf.

Je me suis fait exploser. Pas de rythme, beaucoup de courant, surpris par l’écume, sa blancheur aveuglante en début d’après-midi. Des vagues de shore-break, avec l’obligation de se lever très vite si tu veux en profiter. Manque de forme.

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Sortie de l’eau avec du mazout sur les pieds, sur les mains, sur la planche. Je peste après tous ces gros cons de pollueurs professionnels, j’ai envie de pleurer. Je mets de la crème épaisse sur la peau pour retirer toute cette merde, il manquerait plus que je chope un cancer à cause de ces motherfucker.

Quelques heures plus tard après quelques grillades le soleil m’hypnotise, pour faire le vide, ne plus penser. Retourner les éléments, renverser les coquillages, écraser les cailloux, suivre la plage et l’onde de sable à marée descendante,  le soleil qui file sur le sable et ses nuances délicatement maronnées, les reflets improbables, les méduses bleues ?

Mon esprit vagabonde vers des créatures marines saugrenues, des hippocampes multicolores, et j’imagine une maison dans la forêt landaise pour se reposer, avec des volets un peu défraîchis, de l’herbe folle et des hortensias dans tous les coins, le moment où tu arrives après quelques mois et tu ouvres la maison après l’hiver, et tu files à la plage après des kilomètres de route.

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Je me rendors.

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Toujours, encore et toujours avec Tomate.

Faire une liste des trucs qui te manquent dans un camion, c’est primordial :

- un transistor

- un ouvre-boîte pas rouillé

A part ça j’ai passé une bonne journée : le matin, petit café en terrasse face à la mer, à lire le Sud-ouest. Puis  surf à marée basse dans des  vagues d’un mètre cinquante, deux mètres qui cassent au loin avec beaucoup de jus. Ca brasse tellement que c’est le genre de sessions où tu ne peux plus repasser la barre après deux vagues.

Je rentre un peu penaud sur la plage, le soleil me réconforte.

Le soleil écrase tout, la lumière est magnifique, tel un pacha à côté de son parasol, je trône, mi-yoga, mi-animal, je laisse le soleil m’envoûter, prendre possession de mon corps, bercé par la nature. Toutes ces vagues, l’énergie marine, le vent le sable, j’absorbe les éléments.

Je vais me baigner, électrocuté, je laisse filer cette improbable brune en maillot de bain noir, elle reviendra plus tard, nue sur le sable chaud, encadrée par ses bodyguards. Seul derrière mes vieilles ray-ban fatiguées, je respecte les lieux, des fruits, de l’eau, me voilà rassasié. Le soleil au zénith dans mes yeux mi-clos, je devine au loin un longboarder qui rame à genoux sur sa planche, il passe les vagues les unes après les autres, il file sur l’eau avec la grâce old school de celui qui sait, je le vois à peine, une lueur qui s’enfuit au loin, une idée du beau surf dans le contre-jour, on se croirait dans un film des frères Campbell. Je repars à l’eau.

Marée haute, l’océan est plus ordonné, les vagues deviennent abordables, j’en profite pour réaliser quelques jolies descentes, je reste à l’eau pendant des heures, dans la chaleur écumante, le plein soleil, je suis immortel. Retour sur la plage, farniente, lecture, je m’échappe en fin d’après-midi et m’écroule dans Tomate. Réveil, cassoulet en boîte sur le gaz, je suis affamé  ….

Longue ballade digestive pendant le coucher de soleil, quelque part entre Messanges et Moliets, magnifique, juste magnifique !!!

Des petits moments merveilleux. Mais qui remercier ?

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Une planète de feu qui s’enfonce dans l’Océan, des reflets roses, oranges, mauves, des volutes pastelles qui s’effilochent dans l’horizon. Le sable, impérial qui brûle et brille lui aussi de milles flammes. Et des cailloux comme s’il en pleuvait, des noirs, des marrons, des jaunes. J’en ramène dans Tomate, ils sont beaux comme tout, sages comme des moines japonais et me contemplent  tout à leur sérénité, ils nous protègent, je le sais maintenant, les petits cailloux des plages vont sauver la planète, je m’endors avec cet espoir.

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Encore un week-end avec Tomate.

De l’eau pure et fraîche, et des mots.

Suis sorti la nuit au clair de lune, étrange et lumineux. Noir et nuageux. Un brillant opaque, des luminosités charbonneuses et argentées.

Au petit matin, petit surf aussi, des vagues moyennes qui ferment. Arrivé un matin avant l’aube, des étoiles dans le ciel de Dax. Quelques nuages dans la forêt landaise, c’est nuit noire. Les premières lueurs du matin s’installent peu à peu  et laissent entrevoir de grosses lignes de houle qui rentrent régulièrement sur la plage.

Je file à l’eau sur le spot de Vieux-Boucau. Nous sommes deux à l’eau. Des reflets argentés sur l’eau, ça brasse 1 mètre cinquante à 2 mètres suivant les séries. Dans ma tête les tubes sont parfaits, rapides, efficaces.

Direction Hossegor sur les débris du championnat du monde de surf.

Je vais surfer, beaucoup de jus, la washing machine, sortie de l’eau difficile, sieste dans la forêt.

Un rêve étrange, le cerveau comme machine à rêver.

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L’aventure continue, une pluie fine s’abat sur le van.

La pluie.

Au fond le capitaine d’un vaisseau se doit de consigner les faits et les choses, avant de sombrer dans la poésie : après deux jours de pluie ininterrompue, la forêt landaise se réveille pendant que le vent s’acharne sur nos corps fatigués, humides, presque moisis.

Le sable a gagné la bataille et emporte tout sur son passage, l’eau salée, l’humidité qui ronge l’air, qui nous bouffe : la rouille, les carcasses, le tabac, l’alcool, les fringues enfumés, les filles qui se ressemblent, celles qui vous scrutent de leurs grands yeux désabusés.

La fuite, le repos, l’ouverture sur le monde en attendant de partir à nouveau : lire des gros bouquins dans la force du vent, et surtout ne pas lâcher son stylo. C’est parfois triste un camping, ça sent les chaises en plastique, loin des grands sentiments.

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Je me réveille à Hossegor sous la pluie, apaisé. Je suis complètement passé à côté des mois d’Aout et de Septembre, de toutes ces belles vagues de cyclones et leur longues houles, j’ai laissé derrière-moi les surfeurs professionnels,  je n’ai rien suivi, tout manqué.

Trop de rêveries.

Grosse houle à Hossegor : des wagons d’écume qui nettoient toute la plage.

Fuite à Biarritz.

Le soleil se demande s’il ne va pas tarder à se coucher, sur la route il embrase la forêt landaise, le pays basque, les bouchons de Biarritz.

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Chez mes amis, au fond d’un bon lit, le sommeil ne devrait plus tarder maintenant.

Petit matin, deux aventuriers à l’eau.

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Des courageux en short, sweat à capuche, les planches sous le bras, ça parle anglais, les kids vont surfer sous la pluie. Au milieu des maisons basques, c’est la Californie australienne. Soudain dans la Halle retentissent les chants basques pendant que les fruits de mer nous font des clins d’œil : vin blanc, crevettes, huîtres, et sieste obligatoire.

Le Dimanche sous la pluie, une pluie mécanique sans état d’âme, le fameux karcher. L’Océan et sa houle massive, des bains tourbillonnants, des trippers en cirés jaunes sous l’abri bus de la côte des basques balayée par la pluie, le vent, l’écume.

Une tempête.

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Réfugiés météorologiques dans une auberge du pays basque : chipirons, soupe de châtaigne, côte de bœuf, cochons de lait, mousse au chocolat.

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Quelques vieilles maisonnées isolées dans l’arrière-campagne, les virages se font plus hasardeux mais les moutons veillent sur nous.

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Retour au bercail, bien calé au fond d‘un épais canapé.

Dehors, la grêle s’acharne sur la vieille maison basque.

GIPSY TITI pour PARLEMENTIA – décembre 2009

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